Léo Ferré Ludwig song lyrics
Ludwig Léo Ferré sheet
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Ludwig - Léo Ferré lyrics
♪ Ludwig ♪ official lyrics
Au fond d'une guitare enragée à l'automne
Il y avait du sang comme un dièse mouille
C'était à Bonn au détour d'une rue...

S'il fallait parler de cette romance en allée dans la rue
Avec ses habits du dimanche
Alors que la semaine s'étire on ne peut mieux, au bout de
l'incertain et du tragique
S'il fallait chanter cet éternel recommencement qui tient
de l'habitude et du savoir constant vérifié par les arbres
Par les crépuscules teints
Par les regards cachés derrière la pensée perverse ou
religieuse
S'il fallait dire un peu de cette insouciance et qui nous
mène au jardin des faillites et de la solitude
S'il fallait... S'il fallait...
Alors remonterait du fond de nos cagibis inconscients
Du fond de notre vouloir le plus profond
La certitude,
Le temps précis et incalculé et toujours indemne,
Alors s'emballerait notre habitude retenue par la défense
de s'insurger, de s'éprendre, de s'illusionner.
Coriolan n'était qu'un prétexte. Egmont? Parlons-en.
Tu te souviens?

Sur cette plage toute en graviers
Cette plage défaite au nom d'une certaine compromission
entre la mer et le spectacle
Cette plage que tu voulais défaite et soumise à ton
imaginaire chorégraphie d'enfant seul et triste
Tu t'en souviens?
Et tu chantais... et tu chantais... et tu chantais...
Et tu pensais qu'Egmont c'était la mer, le drame, les
larmes,
La beauté de cet instant fabuleux de solitude exaucée
Tu l'avais dit, et tu l'avais crié à ce prof impotent du
verbe et de la grâce, et tu t'étais caché parce que tu
étais seul au monde, et vaincu, et grinçant contre
l'imbécillité secourue et protégée par la loi et par le
nombre.
Depuis, Egmont me remonte comme la mer après ses descentes
impitoyables au fond des enfers et de la nature fidèle.
Egmont, comme une source bienheureuse et coulant comme une
génération tout entière de bienfaits uniques, parce que
tu es l'Unique
Parce que je t'ai donné l'Unique et ce Temps
Qui s'est arrêté au bord de la seule invention de
l'homme...
Devine!

L'illusion s'arrange et s'indemnise au mieux de l'imaginaire
et de la folie. Je m'illusionne et je pars m'illustrant
moi-même et me regardant à travers le style enfin parcouru
au long de tous ces silences, de toutes ces vicissitudes
interpolées par des copistes dont je me fais le modèle
transmis d'on ne sait où et, sans doute, par voix orale.

Quand je parle à l'illusion je suis à Bonn sous-traitant
la quatorzième symphonie chez un archiduc de mes
prétendants...
Je vais alors et maintenant vers l'horizon blafard et
souriant peut-être, parce que de mon oeil jusqu'à son
désir de paraître il n'y a probablement qu'une intention
d'architecte.
Ce que je vois se perd.
Ce que j'instrumente ne peut qu'être perdu aussi.
L'instinct du hautbois est une crécelle inventée par des
lèvres secourues.
Le vent, d'habitude, s'informe de ses perverses
possibilités et se retrouvera bientôt dans le plan
général de ces bois vertueux et grinçants rien qu'à
l'idée de se protéger tout en haut, à l'aigu, se
défendant aussi de la fable contrapunctique, et apprise sur
les bancs de l'informe et de la décadence.
Le chant... le chant... et cette vertueuse passion qui ne va
jamais au bout de la relative inversion, dans le moins, que
l'on ne découvre qu'à force de bienfaits dans l'outrage et
dans le sacrifice propitiatoire.
Un peu comme la terreur obligée du stupre et de la
revendication.
Je sais des formules apprises. Je leur crachais dessus.
Je sais des impossibilités pratiques. Je les
décontenançais à force d'incroyable.
L'incroyable, c'est la porte de secours que je poussais
quelquefois, et personne jamais ne s'en est aperçu.
La perversion m'obligeait à me rendre tel que les pervers
pouvaient m'imaginer, et encore... Cette perversion
tellement cachée au fond des mers conscientes revues et
corrigées par le cynisme des lois de préférence pénales,
je l'entendais au fond de moi, comme les accords de la
Neuvième que j'avalais de travers parce qu'engloutis
pêle-mêle dans ma bouche auriculaire, et je la rendais à
qui de droit, je veux dire aux inadaptés de l'esprit.
Ils croyaient que je me trompais alors que Stravinski
c'était déjà moi.
Avec le sourire en plus. Enfin... ce sourire tout près de
vos larmes. Il faut bien concéder. Ça favorise et ça
trompe les historiens.

J'allais jouer à la marelle, avec trente-deux cases.
La sonate pour piano, c'est une démission de joueur.
Quand Dieu se masturbe, il met du cassis dans ton vin blanc
et tu jouis en même temps que lui, à cela près que Dieu
c'est toi aussi.
Vous n'êtes rien moins que les informes copies de votre
propre imagination.
Lorsque tu imagines, tu crois être dans le spectacle alors
que le spectacle te regarde et te vérifie.

Quand je transpirais auprès de Térésa, elle prenait ça
pour du génie. Mon génie c'était justement de m'arrêter
à temps, au bord du non-dit et de l'informulé.
Tu sais bien que Rembrandt n'a jamais dessiné que des
fadaises. Si tu voyais ce qu'il voyait tu t'arracherais mes
oreilles.
Nous sommes d'un monde non édifié et que nous sommes seuls
à parcourir, encore qu'il y faille un peu de désordre
aussi et de cette indicible beauté qu'on ne dit même pas
en musique ou au fusain et que nous immolons chaque soir
avant de parcourir l'inédit et la fantastique pâleur du
silence et de l'objective inanité.
Le néant, vraiment, finit par avoir une consistance,
tellement nous nous en informons, tellement nous le parlons
avec nos mots et nos idées, alors que l'idée même en est
transfigurée par nos sens et notre dérisoire entendement.
Coriolan n'était qu'un prétexte. Egmont? Parlons-en
Tu te souviens?
Sur cette plage toute en graviers
Cette plage défaite au nom d'une certaine compromission
entre la mer et le spectacle,
Cette plage que tu voulais défaite et soumise à ton
imaginaire chorégraphie d'enfant seul et triste, tu t'en
souviens?
Et tu chantais... et tu chantais... et tu chantais...
Et tu pensais qu'Egmont c'était la mer, le drame, les
larmes, la beauté de cet instant fabuleux de solitude
exaucée, et tu l'avais dit, et tu l'avais crié à ce prof
impotent du verbe et de la grâce,
Et tu tétais caché parce que tu étais seul au monde, et
vaincu, et grinçant contre l'imbécillité secourue et
protégée par la loi et par le nombre.

Depuis, Egmont me remonte comme une source bienheureuse et
coulant comme une génération tout entière de bienfaits
uniques,
Parce que tu es l'Unique
Parce que je t'ai donné l'Unique
Et ce Temps qui s'est arrêté au bord de la seule invention
de l'homme
La douleur.
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